Vexin, mon amour

20180225_153059_Pano.jpgLorsque j’habite à Paris et travaille ici et là et surtout sur ma thèse de post-doc, j’ai toujours besoin de m’évader quelque part loin de la grande ville avec son rythme et sa vitesse de TGV… Et puisque l’océan est trop inaccessible pour plusieurs raisons, les deux Vexins (français et normand) sont devenu pour moi, il y a deux ans, un endroit unique pour les escapades, un monde sublime qui m’apporte tellement de joie, de tranquillité, voire de bonheur…

Je veux bien écrire ici sur mes balades solo à trottinette ou à pied dans ce monde parallèle au monde de ma quotidienneté. Parfois, il y aura quand même d’autres histoires dont la source est extérieure à Vexin, comme la Côte d’Argent, la mer Égéenne, etc…

 

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Spring outside Paris

I am opening the spring season. Join me during my walks if you are in Paris. Tomorrow, the day after tomorrow or on Sunday. Any day is good as long as it is sunny and not that windy. Don’t hesitate and join me, because that’s an unforgettable experience of silence and beauty.

L’Océan

Elle était imprévue, inattendue, cette escapade de fin du janvier à la Côte d’Argent. Sur kelbillet, j’ai vu les billets de bus aller retour à Bordeaux à 1.98 euros et décidé tout de suite d’y aller. Il me fallait de réserver encore un logement, heureusement, je savais quelques bonnes adresses…

J’ai trouvé Lacanau au cœur de la tempête Gabriel… le vent était cruel comme jamais ! plus de 100 km / heure avec la pluie, et moi, je dois marcher 20 minutes pour venir dans ma résidence Bleue Marine au sud de la ville.

Bien arrivée, par contre, et bien installée. Les bottes ECCO ECCO achetées en Suisse pour les montagnes et la neige étaient toujours sèches, et c’est ça ce qui était le plus important. Rester sèche.

Dans une heure ou deux après mon arrivée j’avais fait quelques tentatives pour me promener et accéder à la plage – sans succès ! Le vent toujours fort me blessait le visage avec le sable comme si c’étaient de milliers des petites aiguilles. Je ne pouvais bien sûr pas y résister longtemps.

Le lendemain, le vent est parti, ouuufff ! Mais les nuages traversaient le ciel et me mouillaient cent fois après quoi le soleil splendide me félicitait pour mon courage. Le Canon Fronsac cet après-midi a été magnifique… et la vie était sublime comme également mes pensées et mes espoirs.

Le troisième jour, il me fallait partir. Avec une pesanteur presque dramatique dans mon âme, je quittais la Côte.

Vexin normand

Un coup d’œil sur la Normandie

Jamais, jamais, ou presque, n’écoutez pas votre fatigue, parce que souvent c’est la paresse qui se dissimule sous la masque de la fatigue. Un des weekends, j’ai décidé de me promener à pied, sans la trottinette, pour ne pas faire des efforts. J’ai choisi la chaussée Jules César comme lieu de la promenade, tout près du rail et des gares ; la journée était froide, nuageuse, avec pourtant quelques éclaircies mais aussi du vent du nord. La chaussée va tout droit à Rouen, mais j’ai réussi de me tromper du chemin trois fois. Finalement, je suis rentrée encore plus fatiguée et insatisfaite, et toute la semaine suivante m’a paru une pesanteur insupportable, je me traînais à peine d’un lieu à l’autre, du jour au jour, jusqu’au samedi. La météo promettait le dimanche ensoleillé, et, à l’accueil de la bibliothèque, devant un grand écran que j’aime bien et beaucoup, je me suis mise à l’étude de ma prochaine destination.

Les mêmes critères me dirigent : « gratuité » du voyage avec le passe navigo toutes zones ; les gares à 25-30 km de distance entre elles ; la nouveauté. Je considère la Haute Normandie : elle est là, à quelques kilomètres des Bonnières desservies par les trains le dimanche. On y arrive même encore plus vite (10-20 min) qu’à Santeuil si on prend un train direct, l’intercité Paris Saint-Lazare – Rouen qui s’arrête à Mantes qui offre, à son tour, la correspondance avec Bonnières, porte de l’ìle-de-France.

Les portes sont importantes : elles nous permettent d’élargir le champ de notre bonheur, mais à la fois, au fil du temps, de l’ennui. Heubécourt, Haricourt, quels jolis noms. Le démiurge de ces villages normands, comme ceux de Génicourt et Gérocourt, Gommecourt, Gadancourt… a été sans doute un philologue avec un tendre amour pour la quasi-tautologie.

En face des Bonnières, sur la rive droite de la Seine, est Bennecourt, un village agréable qui a le bon droit d’être fier de sa boulangerie et même de la boucherie ouvertes, à ma grande surprise, le dimanche. Pire encore : la boulangerie, sur la rue Émile Zola pleine du monde et du trafic, reste ouverte jusqu’à 17h le dimanche, « normalement », mais aujourd’hui jusqu’à 18h de facto. Il s’agit d’un cas tout à fait exceptionnel, puisque le Vexin profond tout entier, à quelques exceptions près (Auvers), a montré son mépris ou plutôt son amaurose à l’égard des routards du dimanche. À chaque fois où je cherchais à grignoter quelque chose, l’année entier, je suivais les indications « boulangerie » et voici ce que je trouvais :

– boulangerie abandonnée ;

– fermée pour travaux ;

– change du propriétaire, donc fermée ;

– fermée à 13h.

Ergo, encore plus importantes sont les portes ouvertes. J’ai pu manger, au début du voyage, un pain au chocolat et aux amandes. bon et nourrissant, à 1.30€.

Il y a quelques façons d’arriver à Gommecourt (on en a besoin pour continuer vers Gasny et plus loin) de Bennecourt. Si on roule à droite, on longe la Seine facilement et sans effort pendant un bon moment. Après Tripleval ou Clachâloze le serpentin grimpe à pente rapide, tout en haut offrant la vue large et splendide de coteaux de la Seine, des falaises blanches, de La Roche Guyon. Juste après ce lieu sublime la route descend au nord aussi rapidement qu’elle montait tout à l’heure, mais directement et sans vertiges. Un plus encore : il y a peu des voitures. Si on roule à gauche, on arrive à Gommecourt par le biais de Limetz-Villez, un village tout en haut de la côte de la Seine. (Là, si je ne trompe pas, la boulangerie est aussi ouverte, quand on en a besoin.) Grâce à la hauteur, l’air de Limetz est brillant et fin, ce qui accorde aux formes une finesse et intensité à la limite d’illusion. La route, sortant du village, devient très agréable, sans trafic, ni montées, ni descentes, on peut vraiment y rouler. Mais ce chemin est long. Si on cherche une voie la plus courte, évitant des forts hauts et des forts bas, le juste milieu serait de joindre la rue du Temple qui débouche sur le chemin de Gommecourt. Il n’est pas pourtant le meilleur à cause du trafic ; il monte doucement longeant une belle bordure d’un bois, puis descend aussi doucement mais en zigzaguant, en cachant les voitures aux tournants du chemin. Je vais donc à pied.

À ma gauche s’étend le champ de colza à couleur jaune vif. Certains traits du panorama qui s’ouvre après une traversée du bois me sont déjà familiers : sous un bois lointain à nord-est, chemine la route à Chérence que je rêve toujours de revoir, un an plus tard. Gommecourt lui-même se cache à proximité, derrière les arbres et dans un creux de relief.

Je roule ensuite à Gasny. Dès qu’on passe la frontière avec la Normandie, les troupeaux de vaches du département Eure deviennent un élément régulier du paysage. La D5 mène à Fourges, mais à un moment je prends une petite route indiquant « Le Bosc Roger ». C’est là que commence la plus belle section de la voie. Le relief coule vers le ciel en forme des vagues, quelques crêtes sont ornées des cimes épaisses de pins. Tout cela laisse l’impression comme si je me trouve à l’océan aux eaux vertes foncées. Au loin, le chemin formant un bel serpentin monte vers un bois, mais je prends le chemin de terre (plus précisément, de calcaire d’un blanc éclatant) à ma gauche qui, après la montée, passe au fond d’une belle petite vallée incrustée des maisons du village Le Mesnil Milon. La vallée est traversée par la D7 assez calme. Au nord, elle glisse vers Bionval, Écos, Fours-en-Vexin… À Bionval, qui ne comprend que quelques maisons et une vieille ferme, je tourne à l’ouest par la Rue du Château. De loin, à l’entrée d’une belle allée ancienne des châtaignes (c’est la même rue du château) se voit la croix ancienne monolithe qu’on appelle la « Croix Sainte-Geneviève ». La croix et l’allée marquent la limite des vagues du relief. À partir de Grumesnil, village entouré du mur qui autrefois était sans doute tout entier le territoire du château (il y reste toujours), les petites jolies vallées disparaissent et le paysage devient tout plat…